base_documentaire:articles-2004:etb-041 [Enfants de Tchernobyl Bélarus]
 

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Vassili Nesterenko, un scientifique transformé par Tchernobyl - Hervé Kempf (Le Monde) avril 2004

Hervé Kempf

     Jusqu'en avril 1986, Vassili Nesterenko était un scientifique soviétique modèle. Né en 1934 en Ukraine, il avait suivi une carrière rectiligne et prestigieuse : diplômé de l'Université de technologie en 1958, il est entré à l'Académie des sciences de Biélorussie en 1963, où il a mené des recherches en ingénierie nucléaire, jusqu'à devenir directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie en 1977. C'est dans ce cadre qu'il a coordonné le projet Pamir de miniréacteur nucléaire.

     L'accident de Tchernobyl a constitué un choc brutal chez cet homme qui, du fait de son travail, avait une connaissance rare des problèmes de radioactivité et disposait de nombreux équipements de mesure. Il est alors le premier à prôner l'évacuation de la zone entourant la centrale, la distribution de tablettes d'iode, le soin particulier à apporter aux enfants. Il est le premier responsable, en fait, à prendre rapidement la mesure de la catastrophe.

     Si son diagnostic se révélera exact, l'homme n'en devient pas moins en rupture de ban, et perd ses postes et titres officiels. Mais il a un caractère et une volonté tenaces. Rompant avec tous ses travaux antérieurs, il s'engage dans l'analyse des conséquences de la catastrophe et cherche les moyens de les atténuer. Il fonde l'Institut Belrad en 1990, avec des fonds d'ONG occidentales à cette fin. Il commence, notamment, à analyser le sang des populations exposées, et parvient à la conviction que ce sont les enfants qui sont le plus menacés par la contamination radioactive qui perdure sur près d'un tiers de la superficie de la Biélorussie.

     Il travaille notamment avec un autre scientifique, Yuri Bandazhevski : celui-ci, qui est de formation médicale, mène des études fondamentales, montrant que, contrairement au dogme scientifique dominant, les faibles doses radioactives ont des effets pathologiques notables. Les deux hommes sont convaincus qu'en administrant aux enfants de la pectine (un composé chimique naturel se trouvant dans les pommes), on peut contrecarrer ces effets.

     Mais dans la Biélorussie du dictateur Loukachenko, insister sur la menace toujours présente de Tchernobyl est dangereux. Bandazhevski est incarcéré en 2001 sous divers prétextes - il est toujours en prison -, et Nesterenko jongle avec le régime, évitant les déclarations publiques. Mais il ne bénéficie guère, par ailleurs, de l’aide des instituts scientifiques occidentaux qui interviennent en Biélorussie.

Hervé Kempf
base_documentaire/articles-2004/etb-041.txt · Dernière modification: 2013/09/24 02:41 (modification externe)

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