base_documentaire:articles-2007:etb-009 [Enfants de Tchernobyl Bélarus]
 

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Lettre de Vassili Nesterenko à Michel Fernex

Minsk, le 23 septembre 2007

VASSILI NESTERENKO
Directeur de l’Institut «Belrad»

à

MICHEL FERNEX
Président l’Association «Enfants de Tchernobyl Bélarus»

Minsk, le 23 septembre 2007

Cher Michel, Chers Amis!

Vassili Nesterenko

     Vous savez déjà que le Ministère de la Santé (le Minzdrav) a entrepris une attaque contre Belrad.
Voici la chronologie des événements.
En l’an 2000, le ministère de la Santé a effectué une première attaque contre l’Institut « Belrad », en déclarant que mesurer la contamination radiologique de l’organisme des enfants au moyen du spectromètre pour rayonnements humains (SRH) était un acte médical, et il a ordonné aux administrations sanitaires locales de rompre les accords de collaboration avec « Belrad ». A l’époque, sur ordre du Conseil de sécurité du Bélarus, le ministère des Situations d’Urgence a réalisé une expertise internationale, qui a confirmé que mesurer au moyen du SRH était une procédure physique. Cela a été confirmé également par le ministère de la Justice du Bélarus.1)

Pendant sept ans nous avons travaillé en affrontant essentiellement des difficultés financières. En avril de cette année, nous avons sorti notre Bulletin d'information N°30 consacré au suivi radiologique des enfants du district de Narovlia. Nous l’avons envoyé dans tous les centres de contrôle radiologique, aux responsables éducatifs, médicaux et administratifs des districts, dans le comité exécutif de Gomel, à Komtchernobyl, au Ministère de l'éducation, au Minzdrav, au Parlement, au Premier ministre, au Président de la République, dans les ambassades des pays étrangers au Bélarus, c'est à dire à tous ceux qui pouvaient réellement aider les enfants de ce district, enfants qui ont les plus fortes concentrations de radionucléides dans leur organisme.

Ce Bulletin a provoqué une réaction brutale de la part de l'administration du Président, préparée par le Minzdrav. Une commission a été créée. Cette commission n'est jamais venue à l'institut Belrad, elle n'a jamais convoqué aucun membre de Belrad pour l'interroger, cependant elle a donné sa conclusion : « gonflées» de 20 fois, les doses d'irradiation étaient exagérées, l'Institut “Belrad” travaillait depuis 10 ans sans licence lui permettant de développer des activités médicales et distribuait un additif à base de pectine aux enfants, notre information sur les niveaux élevés de concentration du Cs-137 dans l'organisme des enfants causait du tort à l'image que l'on se fait de notre pays et créait chez les populations une mentalité de victimes.

Cette information dénuée de toute objectivité a servi de base au mémoire, que le Chef de l’administration du Président, G.Nevyglas, a remis au Président Loukachenko en proposant de charger le Gouvernement de : « faire le nécessaire pour perfectionner la législation concernant la recherche sur la radioprotection et la diffusion de l'information sur les résultats de ces recherches », « prendre les mesures nécessaires pour traduire en justice l'Institut Belrad et ses responsables pour infraction dans ce domaine ainsi que les personnes coupables d'avoir contribué aux infractions commises par cette entreprise ». Le Président a contresigné les deux propositions, en leur donnant force de résolution présidentielle adressée du Premier Ministre.

Le 17 juillet une deuxième Commission du Minzdrav rendit visite à l'Institut, y passa deux heures et on ne la revit plus jamais. Le 15 août, cette commission a écrit, comme en 2000, que nous ne possédons pas de licence pour effectuer les mesures sur SRH ni pour la production de Vitapect. Le premier vice-ministre de la Santé a envoyé des lettres avec cette information fallacieuse au ministère des Finances (fisc), au parquet, au Goscontrol, au ministère de l’Éducation nationale, au ministère des Situations d’Urgence et aux conseils exécutifs des villes de Gomel et de Minsk, pour que ces administrations contrôlent notre institut.

En réalité l’Institut « Belrad » a tous les documents en règle. J'ai dû envoyer au ministre de la Santé des copies des licences délivrées par le ministère chargé des Situations d'Urgence pour le contrôle de la contamination radioactive et l'Attestation de l'accréditation du laboratoire des SRH par Gosstandard du Bélarus qui définit la sphère de l'accréditation : le corps humain et le milieu environnant. J'ai également fourni les certificats du Minzdrav sur l'enregistrement hygiénique de l’additif alimentaire à base de pectine de pomme, classé dans la catégorie des produits alimentaires.

Une commission du fisc a travaillé pendant 5 jours, elle a reçu les copies de toutes les licences et le 21 août elle a interrompu son travail en nous déclarant qu’elle allait s’enquérir auprès du Minzdrav où étaient les violations de la loi.
Les juristes nous ont informés qu’il était infondé d’accuser « Belrad » d’avoir une activité éditoriale et polygraphique sans licences, car l’émission de moins de 300 exemplaires de comptes-rendus et de bulletins sur imprimante et sur photocopieuse n’a pas besoin de licence.

Le 24 août, j’ai adressé une lettre au vice-Président du Conseil des Ministres, A.N.Kossinets, dans laquelle je démontre l’inconsistance des accusations portées contre l’activité de l’Institut « Belrad » et le bas niveau professionnel des spécialistes du Minzdrav dans le domaine de la radioprotection de la population.

Au début de septembre, le ministère de la Santé nous a demandé les documents de l’expertise de l’an 2000, et le radiologue chef du Minzdrav est venu à l’Institut « Belrad » pour étudier notre expérience et s’instruire sur la manière d’obtenir pour le Minzdrav l’accréditation du Gosstandard pour ses laboratoires SRH.

Mais pendant tout ce temps, l’Institut perd son temps à rédiger des notes explicatives et des comptes-rendus. Depuis le mois de juin, les enfants que nous avons examinés, ce sont pour la plupart ceux qui reviennent de leur séjour de rétablissement en France, en Allemagne, en Autriche, au Canada et en Espagne. Le plus triste est que les structures d’Etat se sont mises à punir les directeurs d’école pour nous avoir autorisés à examiner les élèves sur SRH ou pour avoir reçu et distribué le Vitapect aux enfants sans licence. Nous avons envoyé à tous les échelons administratifs, dans les écoles et les départements éducatifs les copies de nos licences mais l’atmosphère de confiance et d’entraide dans l’effort pour la radioprotection des enfants qui régnait entre nous a disparu. Le préjudice porté à l’Institut à cause de l’arrêt des travaux au cours de cette période a dépassé 30 000 euros.

En se fondant sur les documents de la seconde commission, le Minzdrav a de nouveau envoyé dans l’Administration du Président un mémoire dénué de toute objectivité et la lutte continue. On peut s’attendre à ce qu’avant la fin de l’année le gouvernement perfectionne la législation concernant l’information sur les mesures radiologiques après Tchernobyl et qu’il rende cette information secrète.

Nous concentrons actuellement les efforts de nos collaborateurs sur le traitement des résultats des mesures de plus de 200 000 enfants en 2002-2007 et nous nous apprêtons à publier un atlas de la contamination des enfants dans les campagnes (semblable à notre Bulletin N°22).
Nous sommes en pourparlers pour envoyer nos laboratoires mobiles équipés de SRH dans les paroisses du Bélarus pour y examiner les enfants et leurs parents. J’ai un accord écrit du Métropolite Filarete à ce sujet.
Nous avons eu une rencontre avec les responsables de l’ambassade d’Ukraine et de Russie pour envoyer nos laboratoires dans les régions de Toula et de Briansk (17 régions de Russie ont été contaminées par Tchernobyl), ainsi que dans les régions de Kiev et de Jitomir en Ukraine. Ces jours-ci nous nous occupons d’envoyer de l’aide humanitaire aux enfants de Poléssié de la région de Kiev en Ukraine.
Des temps particulièrement durs commencent pour Belrad. Nous devons poursuivre notre suivi radiologique des enfants et leur radioprotection par la pectine. Il est très important pour nous de pouvoir garder nos collaborateurs : ce sont les seuls à effectuer ce genre de travail dans notre république.

Le 20 septembre 2007, j’ai été interrogé pendant trois heures au Département des enquêtes financières du Comité de contrôle d’état (Goskontrol). L’interrogatoire se basait sur la lettre du premier vice-ministre de la Santé, qui accuse sans preuves l’Institut « Belrad » de travailler depuis plus de 10 ans sans licences dans le domaine éditorial, polygraphique et médical, d’enfler les doses d’irradiation en les augmentant de 20 fois, d’informer sur les niveaux élevés d’accumulation des radionucléides dans l’organisme des enfants, ce qui fait du tort à l’image du pays dans l'opinion publique internationale et de diffuser dans la population une mentalité de victimes. J’ai expliqué que si les habitants de Minsk (environnement non contaminé) reçoivent la dose-limite internationale de 1mSv/an en accumulant 400-430 Bq/kg de césium-137, les habitants des régions les plus contaminées de Tchernobyl, où l’irradiation externe contribue jusqu’à 70-90% à la dose totale (parce qu’ils vivent dans les territoires contaminés), les niveaux admissibles d’accumulation du césium-137 ne doivent pas dépasser 20-30 Bq/kg (pour ne pas dépasser la dose efficace annuelle d’irradiation totale de 1mSv/an). Notre analyse du Registre de doses-2004 des habitants du Bélarus, approuvé par le ministère de la Santé, montre que des dizaines de milliers de personnes ont encore aujourd’hui une dose efficace annuelle d’irradiation supérieure à la limite de dose internationale de 1mSv/an.

Merci à tous les amis d’avoir accepté de nous aider en finançant l’Atlas des enfants contaminés par la radiation. Vous nous avez fait parvenir l’argent couvrant les frais de notre premier mois de travail, le mois de septembre.
Nous vous avons envoyé le projet Atlas redéfini pour la durée d’un an et nous prions tous les amis de nous soutenir dans ce nouveau travail.

Anatoli Karpov (Fondation de la Paix), A.Yablokov et E.Bourlakova de Russie ainsi que D.Grodzinski d’Ukraine ont adressé des lettres au Président du Bélarus exprimant leur soutien à « Belrad ».
Michel Fernex, le prof. Nidecker (Suisse), le prof. Busby (Royaume Uni) ont envoyé une lettre au Vice-président du Conseil des Ministres du Belarus A.N.Kossinets en expliquant à quel point il était important de permettre à l’Institut « Belrad » de poursuivre ses travaux.
La lutte continue.
Bien le bonjour à tous. Vassili


1) Lire «MINZDRAV ENVOIE UN ULTIMATUM À NESTERENKO», dans «Le crime de Tchernobyl», (Actes Sud, 2006) chapitre 5, 3ème partie pp. 289-309.
base_documentaire/articles-2007/etb-009.txt · Dernière modification: 2014/04/06 16:39 par emache

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