base_documentaire:articles-2010:etb-089 [Enfants de Tchernobyl Bélarus]
 

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Réponse de Michel Fernex à une diffusion d'Arte

Michel Fernex

     Revoir le film tendancieux diffusé par Arte
     Dans un rayon de 30 km autour du réacteur, les humains n'ont plus guère d'activités, villages et ville ont été abandonnés.
Ce n'est pas l'Arche de Noé, mais un espace ouvert sur l'extérieur, avec constamment, entrée et sortie de toutes les espèces d'animaux. Il en va un peu de même pour les champignons avec leurs spores et les plantes dont les pollens circulent dans le vent, et comme les graines que portent les animaux dans leur fourrure. Chaque geais transporte 20.000 glands hors de la forêt pour les cacher (planter) au loin. J'ai vu cela dans des monocultures de pins en Allemagne de l'Est, où le sol est couvert de petits chênes aux pieds des vieux pins.

Les animaux éradiqués par les retombées radioactives attirent de nouvelles placions qui pénètrent dans les espaces stérilisés et les recolonisent, avec un avantage génétique sur les populations stables: le brassage des gènes provenant d'autant de groupes géographiques différents donne beaucoup de chance à ces rongeurs.

Il en va de même pour les autres mammifères, mais aussi pour les poissons, batraciens, reptiles, voir arthropodes etc.

L'expérience unique a été la réintroduction du cheval de Prévalsky dans un milieu comptant les prédateurs naturels d'Europe, dans une plaine qui connaît de longs hivers très froids. Tous ces animaux entrent et sortent du périmètre protégé. En hiver les ours dorment, mais les loups et les lynx sont actifs. Pourtant le film ne montre très peu de lynx (peut-être filmés dans un zoo?) et les images fugaces de loups montrent leur rareté. Les séquences à l'infrarouge sont très floues. Il semble évident que leur nombre n'est pas excessif, et on aimerait comprendre le mécanisme de régulations de cette espèces qui dispose de proies très abondantes et dont le seul ennemi, l'homme, est exclu.

Quel rôle joue le prédateur? Il élimine rapidement les malades, les faibles, les malformés. C'est la meilleure sélection possible.

Seules de bêtes saines, génétiquement parfaites survivront dans ce milieu. Elan, Cerfs, Chevreuils devenant adultes et surmontant l'hiver très rude. Ils pourront être observés et considérés comme sains.

Sur quoi repose la régulation des populations de loups? Pourquoi sont-ils peu abondants en présence d'un excès de proies?
Le renard qu'on a vu n'est pas parfait. C'est une mutation de notre renard roux. Il faudrait avoir davantage de documents sur les prédateurs. Rien sur les mustélidés qui se nourrissent de rongeurs sauvages, rien sur les loutres.

L'humain est aussi superprédateur dans ce monde et dans ces milieux.
Les problèmes de santé des prédateurs nous intéressent plus que ceux des micromammifères.
Parmi les rongeurs, on a vu des mulots, mais l'abondance des campagnols roussâtres a été démontrée et c'est cette espèce qu'a étudiée L'Institut de Génétique de Rosa Goncharova.

Rosa Goncharova a encore étudié les carpes qui étaient très vulnérables, mais les adultes survivaient plusieurs années. Elles pondaient des oeufs, dont 75% après fécondations dégénéraient. Les 25% restant produisaient énormément de carpillons malformés: nageoires anormales, manque d'opercule, bouche déformée voire fermée, couleurs anormales (La publication de 1996 du Tribunal des Peuples illustre ces travaux.)
Pourtant, les populations de carpes ne s'effondrent pas. En effet, les 75% des oeufs donnent des embryons qui meurent avant le 10e jour, il reste assez de survivants pour coloniser les eaux: une carpe pond 100.000 oeuf parfois le double.
Chez les campagnols très prolifiques, c'est la même chose. Il y a des embryons qui dégénèrent, des foetus qui meurent pendant la gestation mais le campagnol peut se reproduire trois fois par an et compenser les pertes. Cette mortalité intra-utérine, Rosa Goncharova l'a démontrée.
La thèse de Slukvin décrit les problèmes de carpes.

Au bout de 40 générations, dans la population de campagnols génétiquement riches, la mortalité initiale qui avait déclenché l'invasion par des populations étrangères dans cet espace, il se produit progressivement une sélection.
Chez l'humain, Pelevina que je cite avait trouvé une hypersensibilité aux rayons chez la grande majorité des sujets et une réactions “adaptative” dans les cellules de 5 enfants (dont l'avenir serait d'aller travailler dans l'industrie atomique…).
Les campagnols très sensibles aux rayonnement ionisants ne se reproduisent que peu ou plus; les résistants sont bientôt les seuls reproducteurs efficaces.

Nous ne le savons pas bien en Occident, ou n'en tenons pas compte dans nos induits. Les Russes sélectionnent les candidats ouvriers qui voudraient travailler dans des centrales atomiques ou des laboratoires de recherche. Vassily Nesterenko nous disait que ces tests duraient une semaine. La réponse des lymphocytes du sujet à différentes doses de rayonnements peut comporter des divisions cellulaires presque toutes normales; chez d'autres sujets, les mitoses après irradiation présentent des anomalies visibles de l'anaphase à la télophase (voir des dessins dans le même livre du Tribunal des Peuples). Ces anomalies, les microscopes peuvent les compter automatiquement et dire si on est apte ou inapte pour le travail dans ces industries.

La sélection, c'est un peu comme si les parents ont des cheveux bruns foncé ou noir, les descendant ont des chances d'avoir les mêmes caractères et bronzent vite au soleil, ils seront relativement résistants au UV solaires. Si le soleil était mortel avant l'âge de 15 ans, la sélection des cheveux sombres dominerait bientôt. En 40 génération, on aurait une population foncée, résistante aux coups de soleil. En 1000 générations on aurait une population comparables à celle de l'Afrique ou de l'Asie du sud etc. On a ces différences de pigmentation entre Japonais du Nord et ceux des îles du Sud.

Par la sélection, des campagnols relativement résistants aux radicaux libres prendront ainsi la place des campagnols plus sensibles, dans un environnement où les rayonnements ionisants menacent la santé ou la survie de façon durable.

Ce qui manque dans le film, ce sont des données de génétique scientifiques. Il faudrait avoir toute la bibliographie des travaux réalisés sur place, pour savoir si certains travaux contredisent ceux de Rosa. Je n'ai pas encore décelé cela.

Ce que Rosa Goncharova et Dubrova ont montré, c'est l'augmentation des mutations chez les sujets irradiés par les retombées de Tchernobyl (ce qui ne surprend personne.), mais aussi une augmentation de ces mutations dans la 2e, 3e génération d'humains après irradiation de 1986 à Tchernobyl; mais pas après l'irradiation par la bombe de Hiroshima et de Nagasaki.

Chez les campagnols irradiés, cette augmentation des mutations transmise des adultes aux descendants, persiste plus longtemps dans les populations vivant à 100 et 200 km de Tchernobyl, si on les compare avec ceux qui ont été soumis à des irradiation bien plus importantes à proximité du réacteur, chez lesquels Rosa note une stabilité de la fréquence de mutations après la 10e ou 12e génération.

C'est là qu'on se trouve aujourd'hui dans le périmètre de Tchernobyl.

Ces anomalies constatées au microscope au cours de la mitose ne repose pas sur une atteinte du génome, mais sur des altérations épigénétiques, qui se produisent en dehors même du noyau. Cela a pour conséquence une instabilité génétique qui peut se transmettre d'une cellule à l'autre, d'une générations à l'autre (voire d'un individu à l'autre, comme chez des poissons placés dans le même aquarium propre, l'un des poissons étant irradié, l'autre pas).
À la page 116 du livre du Tribunal des Peuples, Irina Pelevina décrit ces phénomènes et l'hypersensibilité aux rayonnement ionisants externes chez les cellules des rongeurs (et des humains) vivant près du réacteur détruit.

Là il pourrait y avoir des différences avec ce qui a été décrit en vitesse dans le film. Mais on est à 25 ans après Tchernobyl chez les rongeurs, à la 40e génération.

Ce qui se passe chez les hirondelles de cheminée a été souvent décrit. Je pense que la première équipe a été suédoise, avec Ellegren et al. dans NATURE. Vol. 389, p393-306, 1997. Ils ont décrit ces mutations génétiques, avec albinisme partiel. Ces hirondelles partent, et contrairement aux hirondelles sans trace d'altérations qui reviennent au point de départ (Tchernobyl) au bout d'une année dans 30% des cas, les hirondelles avec des mutations apparemment bénignes reviennent dans zéro % des cas. L'explication donnée dans le film m'a semblé fantaisiste. Il faut retenir les faits.

L'atteinte des organes de reproduction des hirondelles, constitue un autre phénomène.
La stérilité des hommes après Tchernobyl en Ukraine a été un phénomène grave mal compris. Dans les régions contaminées, la dénatalité persiste dans la population humaine, bien plus que dans les régions moins polluées radiologiquement (en particulier du Belarus, si on compare la campagne de Gomel et celle de Vitebsk, épargnée).

Je reviendrai volontier sur ce sujet.

Pr. Michel Fernex, 26 mai 2010

base_documentaire/articles-2010/etb-089.txt · Dernière modification: 2014/05/26 12:29 par emache

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