base_documentaire:articles-2013:etb-133 [Enfants de Tchernobyl Bélarus]
 

Bookmark and Share




Quand le lobby nucléaire s'en prend à ses victimes (actualisation)

Michel Fernex
Ecrit le 22 février 2002, revu le 25 février 2013
Voir aussi le rapport de BELRAD sur Stolin en 2013

Introduction : le "mensonges clé"

     Des travaux scientifique qui débouchent sciemment sur des conclusions fausses dans le domaine de la santé, ont été qualifiés par des auteurs anglo-saxons de “key lies”, ou mensonges clés. Ce genre de travaux ont permis au lobby du tabac d'éviter des campagnes anti-tabac, en finançant généreusement des études qui permettaient de croire que la fumée passive n'était pas nocive. Il fallait pour cela que le nombre des cas inclus dans chaque étude fût insuffisants pour que les résultats ne permissent (tout juste) pas de trouver des différences statistiquement significatives dans l'analyse de l'étude épidémiologique.

     Cependant, une différence trop petite n'a jamais été une preuve favorable à la fumée, il eût suffit de rassembler les données de deux ou trois études pour prouver statistiquement la réalité des différences cliniques, entre pathologie observée avec ou sans fumée de cigarettes dans l'environnement, par exemple chez les enfants de fumeurs. Les industries des cigarettes ont pendant des décennies évité les campagnes de l'OMS pour combattre le tabagisme, jusque au jour où cet organisme a confié ce problème à une commission scientifique conduite par le Prof. Zeller de Berne, épidémiologiste, qui a mis en évidence la fraude coordonnée par un club de médecins dont des professeurs de médecine.

     Des évènements de ces dernières décennies, permettent de saisir les démarches d'un autre lobby, bien plus puissant que celui du tabac, celui de l'atome commercial qui tient à effacer des mémoire les empreintes de Tchernobyl. Pour dominer la situation, le lobby doit produire des publications qui mettent l'industrie atomique à l'abri d'interventions de l'état ou des services de santé, comme aux USA la FDA (Food and Drug Administration). Pour assurer son avenir, ce lobby doit absolument faire l'impasse sur les problèmes de santé liés à l'industrie atomique.

ETHOS, l'instrument du mensonge

     ETHOS est un terme proposé par un bureau de publicité qui conseille un choix de titres, par exemple un titre qui n'inciterait pas le public à imaginer que le projet de recherche est profondément amoral, car planifié contre l'intérêt des populations et exclusivement pour celui d'un lobby. L'étude que propose le CEPN à la Commission européenne qui l'a approuvé portait donc ce titre, alors que le but de l'étude était de démontrer qu'il est possible de vivre dans un milieu radiocontaminé par les retombées radioactives de Tchernobyl, sans souffrances, à condition d'y croire et de prendre certaines précautions qui consistent à respecter certaines règles de radioprotection. Le projet qui débuta 10 ans après l'explosion du réacteur, a duré six ans et n'a concerné que quelque villages ruraux du district de Stolin, au Bélarus, à cent kilomètres à l'est de Tchernobyl. On verra comment dans le bilan final le rapport médical, pourtant considéré comme essentiel, a été escamoté.

     Le CEPN, qui a soumis un protocole de recherches à la Commission Européenne en vue de son financement par l'Europe, est une organisation non gouvernementale (ONG), sans but lucratif, loi 1901, créé en 1976 par Electricité de France (EDF) avec ses 56 réacteurs atomiques, et le Commissariat à l'énergie Atomique (CEA) qui a contribué au développement de l'armement atomique, auxquels se sont joints l'IRSN et la COGEMA devenue AREVA, qui exploite La Hague et purifie l'uranium des mines pour en faire le combustible pour les réacteurs ou l'explosif pour l'armée.

     Ayant obtenu cette manne financière, le CEPN a recruté des enseignants et doctorants en agronomie, sociologie, technique, et physique, pour réaliser le Projet ETHOS. Ces universitaires recevant leurs aliments de France, pouvaient préparer un travail de diplôme ou une publication. La majorité d'entre eux n'était pas consciente de la démarche des financeurs qui pourtant, par leur présence, tentaient d'éliminer les structures de radioprotection des populations déjà présentes à Stolyn. Les structures biélorusses préexistantes informaient les autorités locales et le gouvernement de leurs travaux. Indirectement, les autres pays prenaient connaissance de la gravité de la contamination radioactive et de son impact négatif sur le développement et la santé des enfants.

     Les données fournies par la nouvelle équipe très hétérogène devait permettre d'écrire un ouvrage sur la gestion des accidents atomiques et celle des régions contaminées par des radionucléides de longue durée de vie. Ce livre serait d'autant plus prestigieux, qu'il serait probablement financé par l'Union Européenne. Dans une telle publication, le lecteur ne serait pas distrait par la dégradation de la santé des enfants, ni par la mortalité précoce chez l'adulte qui contribuent au recul permanent de la démographie qui s'est accentué pendant ces six années. Les problèmes sanitaires et la dépopulation sont directement proportionnels à l'importantes les retombées radioactives dans une région.

     Deux manifestations nous ont permis de faire la connaissance de membres et de cadres d'ETHOS, l'une à l'université de Paris VII, le 26 avril 2001 (commémoration de Tchernobyl), et l'autre les 15-16 novembre 2001, à Stolyn au sud-ouest du Belarus, où les universitaires recrutés par le CEPN et des habitants sélectionnés, ont présenté leurs résultats aux administrations et représentants du gouvernement, ainsi qu'à des personnalités représentant des Organisations internationales mais aussi des nations, en particulier l'Union Européenne.

Le 26 avril 2001 à Paris VII, le dossier de presse présentait le CEPN ou Centre d'Etude sur l'Evaluation de la Protection dans le Domaine Nucléaire. C'est là que le Prof. Henry Ollagnon, responsable de l'agronomie à ETHOS m'avertit : “On a fait du bon boulot, mais les enfants sont de plus en plus malades ! ”. Ce résumé permettait déjà de conclure que l'expérience d'ETHOS 2 avait constitué un échec. 

L'un des fondateurs d'ETHOS, écarté par la suite, pour raison de santé, m'a parlé d'une précédente intervention des équipes d'ETHOS sur le terrain. Il regrettait l'absence de suivi dans les régions où ces équipes multidisciplinaires étaient intervenues et déplorait la faiblesse inexplicable de la compétence médicale.

     Mettre fin au travail des équipes de radioprotection nationales

 Intervenant dans le district de Stolyn, dans le cadre d'un projet qui devait s'achever en 2001, les responsables d'ETHOS ont demandé au ministre biélorusse des problèmes de Tchernobyl, de se substituer, dans des villages du district de Stolyn, à l'institut indépendant de radioprotection BELRAD, dirigé par le Professeur V.B. Nesterenko, dont ils utilisaient déjà les mesures. La lettre du ministère, signée par Valéry Shevchouk le 25.01.2001, communiquait en conséquence au Prof Nesterenko, directeur de BELRAD, que la gestion d'une série de villages du district de Stolyn lui était enlevée au profit de ETHOS-2, “conformément à la demande de ces derniers”.

ETHOS, qui a utilisé le personnel formé et équipé par BELRAD pour les mesures de la contamination radioactive des aliments, du lait et du fourrage, n'a pas estimé nécessaire d'indemniser les techniciennes pour le surplus de travail qu'il leur avait occasionné. Les données des ordinateurs, dont ETHOS avait doté les centres de radioprotection,  pour récupérer les résultats, les mesures, ont été transmises à une administration. Ainsi l'ensemble des structures mises en place et gérées par BELRAD disparaissaient progressivement avec les documents. Ce procédé représente le contraire absolu d'une aide technique au développement.

     Quand on tente d'aider un pays pauvre, le Belarus étant le plus pauvre d'Europe, une des règles veut qu'on ne se substitue pas, même transitoirement, aux structures existantes, mais qu'on les renforce. Ainsi, après le départ des équipes étrangères, il reste sur place un personnel motivé, bien formé et mieux équipé pour le suivi nécessaire.

     Ce qu'ETHOS parvenait à faire disparaître, c'étaient les équipes formées par le Prof. Nesterenko de l'Institut de radioprotection BELRAD, qui travaillaient dans les zones contaminées du Belarus depuis plusieurs années: de petites unités de radioprotection, subventionnés par l'état ou par des fondations privées, qui offraient aux habitants la possibilité de mesurer gratuitement la radioactivité des aliments et du lait. Le personnel, formé par BELRAD, conseillait les familles en matière de radioprotection. En outre, les laboratoires mobiles de BELRAD, équipés d'anthropo-gammamètres, mesuraient deux fois par an la charge en radionucléides artificiels, principalement le césium (Cs137), accumulée dans l'organisme des enfants. Ceux d'entre eux qui étaient fortement contaminés, recevaient des cures intermittentes de pectine, un additif alimentaire à base de pommes, qui accélère l'élimination des radionucléides radiotoxiques de l'organisme et en réduit l'absorption.

Dès leur création, en 1991, des 370 Centres locaux de protection radiologique (CLCR), financés par le gouvernement et gérés par BELRAD dans les villes et villages les plus contaminés du Belarus, ont fourni régulièrement ces données aux autorités, elles figuraient dans les comptes- rendus publiés par le Prof. Nesterenko et également transmis aux autorités. A partir de 1996, ces rapports ont pris la forme de bulletins trimestriels. 

Cependant, à partir de la même année, le Vice-Président du Comité gouvernemental pour Tchernobyl, I.V.Rolevitch, co-auteur de diverses publications du CEPN, a supprimé les 3/4 des CLCR. Ainsi, il n'en restait que 83, dont 56 sont financés par le gouvernement. Les 27 autres par des ONG allemandes. Le Bulletin N°21 des mesures de Belrad était sous presse.  Ce sera le dernier, car le financement annuel de 6000 $ par une Fondation américaine, qui entre autres permettait cette publication, a été suspendu suite aux destructions le 11 septembre du World Trade Center par des terroristes. À Paris VII, puis par téléphone dans les jours qui ont suivi, les responsables d'ETHOS m'ont affirmé que leur intention n'avait pas été d'éliminer les équipes de Nesterenko, et qu'à l'avenir, BELRAD serait intégré dans le futur projet européen (ETHOS 3), qu'on planifiait déjà mais qui n'a jamais été réalisé.

     A cette époque, l'engagement pris par les responsables d'ETHOS, d'inclure Nesterenko dans le projet ETHOS 3 paraissait encore sincère. Mentionner une institution du Bélarus dans les projets pouvait faciliter l'obtention d'un financement important de l'Union Européenne pour ce nouveau projet qui devait être déposé le 26 janvier 2002. Encouragé par ces engagements oraux, Nesterenko a soumis un projet concret d'aide aux enfants des villages fortement contaminés par les retombées radioactives qui devait compléter le dossier. Nesterenko allait être officiellement informé de la part qui serait réservée à son institut dans ce projet qui n'a peut-être jamais été véritablement ébauché.

     Eliminer BELRAD du terrain
     Curieusement, à l'automne, le nom du Professeur Nesterenko ne figurait pas comme promis dans le pré-programme du séminaire de Stolyn de novembre 2001 où devait être présenté le bilan final de six années de travail. Après mon intervention auprès d'ETHOS, cet “oubli” a été réparé et j'ai pu accompagner le Prof. Nesterenko à cette manifestation; mais Nesterenko n'a pas été invité à la réunion consacrée au suivi de la réunion de Stolin où le rapport présenté au public allait être finalisé, le 20 novembre à Minsk, ni à une prochaine réunion à ce sujet, le 6 mars 2002, toujours à Minsk, ville où est implanté BELRAD.

Le 13 janvier 2002, quelques jours avant la date de dépôt d'un nouveau projet européen annoncé en 2001, Nesterenko recevait un courrier d'ETHOS lui demandant de répondre d'ici 5 jours, avant le 18 Janvier. Il ne s'agissait nullement de l'inclusion des équipes de radiamétrie mobiles de Belrad dans un programme européen annoncé, mais d'une participation à la rédaction d'un chapitre d'un manuel de radioprotection. Pas un mot sur le projet d'aide à la radioprotection des enfants du Sud du Bélarus, dont il devait être question, ni sur le protocole qui avait été soumis à cet effet par le Prof. Nesterenko à ETHOS. Malgré sa déception, Nesterenko a répondu positivement à la demande de rédaction d'un chapitre dans une publication d'ETHOS.

Le 25 janvier 2002, le bureau MUTADIS, travaillant pour ETHOS, écrivait une lettre signée Vincent Wallaert concernant les projets à venir, et convoquait les destinataires à une réunion du Club ETHOS à Paris, le 11 avril. Le Prof. Nesterenko n'était, une fois de plus, pas destinataire de ce courrier, qui pourtant évoquait le Séminaire de 2001 à Stolyn. Comme je m'en suis étonné, il m'a été répondu que Nesterenko allait aussi être invité à cette réunion à Paris.

     Faire disparaître les données médicales
     Au grand séminaire de Stolyn, ETHOS avait distribué des tableaux multicolores reliés, sur papier glacé et préparé des petits films illustrant le travail et l'habitat des habitants, et surtout des projections informatisées, commandées à distance, pour presque toutes les présentations.      En revanche, les courbes et graphiques manuscrits, que la pédiatre de Stolyn tenait à la main pour les commenter, (et qu'en conséquence le public ne pouvait absolument pas voir) n'ont pas pu être projetés car, contrairement aux autres rapports, ces données n'étaient pas informatisés. C'était le tour dernier rapport. Ayant pu consulter ces graphiques après l'exposé en russe, non traduit, j'ai constaté sur les tableaux que le nombre des hospitalisations pour des maladies gaves, avait constamment augmenté pendant les six années d'intervention d'ETHOS, passant de 150 par an pour 1000 enfants en 1986 et 1987, à 500 /1000 enfants en 1990; en l'an 2000, on dépassait 1200 hospitalisations pour maladies graves pour 1000 enfants. Pour aucune pathologie, ni infection, ni allergie, la courbe ascendante n'avait, au cours des années, à aucun moment présenté une tendance à s'infléchir.

Le nombre des infections sévères, devenues chroniques augmentait alors que le pourcentage des enfants considéré en bonne santé, ne demandant pas de soins, tombait de plus de 80% à moins de 20%. Pourtant ces enfants n'étaient pas stressés, leurs familles n'avaient pas été déplacées, ils étaient relativement bien alimentés : au Belarus, 50% du budget de l'éducation allait à la fourniture de repas équilibrés 2 à 3 fois par jour, 4 à 5 jours par semaine, dans toutes les écoles depuis la maternelle. Ces aliments pour les écoles n'étaient pas contaminés. Cette mesure de protection reste un exemple pour les autres pays.

Il était évident que la santé des enfants continuait à se détériorer. La cause de cette dégradation, semble être en rapports avec la contamination radioactive de l'environnement. Le gouvernement ayant changé, l'aide aux enfants a baissé, les repas à la cantine ne sont plus radiologiquement propres. On considère que sans ces aides les césium137 par km2.

Ni le rapport médical, ni les graphiques commentés par la pédiatre responsable ne figuraient dans la brochure du bilan d'ETHOS-2 qui été propagé partout. Apparemment ces informations n'étaient pas politiquement correctes. J'ai cependant écrit aux responsables pour comprendre comment ces données avaient pu disparaître. La réponse a été élémentaire: le vocabulaire utilisé par la pédiatre ne correspondait pas à celui d'un supérieur (?), on ne pouvait donc pas l'intégrer dans le bilan. Pourtant ni le nombre annuel d'hospitalisation, ni le nombre d'enfants n'ayant pas besoin de soins ne pouvait être compris. La censure au profit du lobby a sévi.

     L'aide par les universitaires français d'ETHOS apporté à un nombre limité de fermes, a permis d'améliorer la production agricole, grâce aux semences de qualité fournies, aux engrais offerts, parfaitement dosés et aux pesticides mis à disposition gracieusement au moment nécessaire. Ainsi la production des pommes de terre a été plus abondante. Dans ces pommes de terre les limites imposées pour le césium-137 n'étant plus dépassées, elles ont pu être vendues.

     Au lendemain du séminaire final, les populations se retrouvaient au point de départ, avec le départ des sympathiques universitaires qui les avaient distrait et soutenus; l'aide pour la radioprotection était plus faible qu'avant l'intervention d'ETHOS: les centres avaient perdu une partie de leur équipement, toutes les mesures réalisées et consignées dans les ordinateurs avaient été envoyés à Minsk, les techniciennes étaient démotivées, leur travail n'ayant pas été honoré.
     Pour qu'un progrès dans l'agriculture émerge, il aurait fallu que dès 2002 des investissements comparables à ceux réalisés dans trois villages, avec la présence d'agronomes compétents dans tous les districts eussent été réalisés, pour que les produits de l'agriculture fussent devenus consommables dans l'ensemble des communautés où vivaient des centaines de milliers d'enfants. J'avais fait une demande, pour pouvoir suivre la contamination des pommes de terre de Stolin, deux ans après le départ des agronomes. C'eût été l'occasion de parler à la pédiatre pour connaître l'évolution de la santé. Mais il n'existait pas de moyens financiers, pour envisager un suivi scientifique ou médical, même sommaire.
     L'effet positif passager pour les pommes de terre, n'avait pas entraîné une amélioration de l'état de santé des enfants. Les mesures de la charge corporelle en césium 137, avaient aussi montré des valeurs plus élevées, ce qui indiquait qu'il y avait d'autres sources de contamination.

     Le rapport final compte de nombreuses omissions, la plus regrettable étant l'absence des données concernant la santé. Ce sont de multiples “mensonges par omission”: autant qu'il y avait de tableaux dans la main de la pédiatre. La disparition des documents cliniques constitue le “mensonge clé” qu'a obtenu le lobby de l'atome. 

Un article de Fabrice Nodé-Langlois, publié dans LE FIGARO du 12.02.2002, rappelle que l'Atlas du Césium en Europe, publié par le Centre de Recherches de l'Union Européenne à Ispra, Italie, reposant sur quelques 350.000 mesures, ne dispose que de 35 données fournies par la France. La médiocrité de la contribution française désolait Mr. De Cort, premier signataire de cet ouvrage. Selon le Figaro, “Annie Sugier, la représentante de l'IPSN, a déclaré que l'Atlas européen était “incomplet”, donc “faux”. “Cet “aveu” du mensonge a été le fait d'un responsable indépendant du ministère de la Santé ”, souligne Jean-François Lacronique, Président de l'OPRI (successeur du SCPRI du Professeur Pellerin), dans sa note à son ministre de tutelle, Bernard Kouchner. Il omet au passage de préciser que, poussé à son tour par l'assistance qui demandait si l'Etat avait menti, il avait lui-même pour s'en excuser fini par prononcer: “C'est un mensonge par omission.”

Les responsables d'ETHOS sont responsables d'un mensonge bien plus gave, car prémédité pendant six années. Il fallait par tous les moyens possibles, que le bilan démontrant les résultats lamentables du bilan médical, après six années d'activité à Stolyn, fût censuré.

Un Tremblement de Terre détruit le réacteur No1 de Fukushima

     Il casse l'alimentation électrique par le réseau et le refroidissement du combustible baisse. La vague affaiblie du tsunami qui a tué environ 18.000 habitants cent km plus au nord, compliquera encore la situation. Il y fallu des semaines pour que l'entreprise TEPCO admette finalement le rôle dominant du séisme dans la catastrophe dont l'entreprise est responsable.

     Les expert de tous bords l'avaient prédit, un nouvel accident ne peut pas être évité tant que ce sont des humains pas infaillibles qui gèrent l'énergie atomique. Donc, le 11 mars 2011, au Nord-Est du Japon, et non dans les pays émergents comme on le craignait, le combustible radioactif de trois réacteurs atomiques a fondu. Il s'est accumulé sur les radiers des enceintes de confinement, qu'il a partiellement détruit. La radioactivité de l'air augmente encore parfois, celle de l'eau n'a pas cessé.

     Le lobby l'atome, l'AIEA et l'IRSN sont arrivés tôt après la catastrophe. Pour préserver leurs marchés on a bientôt vu le Président Sarkozy souligner l'excellence française ; des représentants d'AREVA ont fourni des équipements et des conseils pour stocker les déchets liquides.

     Le concert de désinformation qui a débuté le 11 mars, et se poursuit aujourd'hui, constitue la première faute des autorités, et de l'entreprise TEPCO.

     Des vents favorables d'ouest repoussant les gaz et les poussières vers l'Océan Pacifique ont fourni l'occasion de protéger la glande thyroïde par la distribution d'un comprimé de iode stable à plus à 100.000 enfants, avant l'arrivée du nuage chargé à 30% par des isotopes de l'iode. Comme en Pologne après Tchernobyl, où un million d'enfants ont reçu ce traitement préventif très bien toléré. Ce fut une autre faute.

     On ne rattrape pas cette faute en lançant une campagne obligatoire d'examens exclusifs et obligatoires de la thyroïde chez des dizaines de milliers d'enfants. Pendant ce temps, la médecine générale ne peut pas s'exercer normalement. Ce type d'examen obligatoire n'est plus admis depuis Nuremberg, et les directives ont été renforcées à Helsinki il y a une vingtaine d'années, exigeant un “informed consent”, c'est à dire un consentement après information détaillée, et le sujet testé conserve le droit de quitter l'étude à tout moment, sans avoir à se justifier.

ETHOS au Japon

     L'économiste Jacques Lochard, entre-temps promu Président de la Commission 4 de la CIPR chargée de l'application des recommandations, est arrivé sur place bien plus tôt qu'à Tchernobyl. Il est rapidement parvenu à s'imposer dans les media et dans l'administration, où il a approuvé des règles qui aggravent le risque de toutes les pathologies radio-induites, par l'augmentions des limites dites tolérables de radioactivité pour les populations. La limite était 1mSv par année, a été portée à 5 puis à 10 mSv, même pour les enfants, M. Lochard ne désapprouve pas une augmentation pour tous jusqu'à 20 mSv/an. Il apprécie les importantes économies que cela représente pour les responsables. Pourtant, à moyen terme, cela va multiplier les pathologies qui bientôt pèseront sur les familles et les gouvernements qui suivront.

     Le coût de la pollution radioactive sur une population bien plus dense qu'à Tchernobyl, peut devenir plus coûteuse qu'en Union soviétique à partir des années 1990.

     Nier la gravité de l'irradiation interne chronique par des faibles doses de rayonnements ionisants est devenu une des démarches destructrices du lobby. C'est un sujet principal d'études de l'ACSIR, associations japonaises de médecins et de chercheurs qui ont le courage, dans le contexte actuel, d'étudier les conséquences sanitaires des faibles doses de rayonnements ionisants. Ils étudient principalement l'irradiation interne chronique. C'est aussi un des principaux points de désaccords entre les chercheurs indépendant et les chercheurs davantage dépendant du lobby. Si l'on attend, d'ici 5 à 10 ans 85% des enfants seront malades, comme c'est encore aujourd'hui le cas dans les régions rurales des trois pays les plus touchés à Tchernobyl, alors que les enfants d'aujourd'hui sont les descendants de parents voire de grands-parent irradiés. Cette transmission de génération en générations est un problème se rapportant à la génétique, central après tout accident nucléaire.

La Déclaration Universelle des Droits de l'homme, révolutionnaire à Fukushima

     Du fait de l'éviction de l'OMS par l'AIEA (aux termes de la Convention d'Assistance de septembre 1986), le Commissariat de l'ONU des Droits de l'homme a été une révélation à Fukushima. C'est elle qui protège chaque individu dans ses droits fondamentaux, dans sa dignité. Cette Déclaration des droits de l'homme a été adoptée en 1948 par les Nations Unies.

     Le Haut Commissionnaire pour les droits de l'homme a délégué à Fukushima Mr Anand Grover qui est un observateur indépendant très attentif. Il a fait une déclaration le 26 novembre 2012, à la fin de son voyage d'étude au Japon, et son rapport risque bien de rester un appel pour la protection des enfants lors d'accident nucléaires. Grover exige une information constante et juste des populations. L'information juste est une des fonctions précisées dans la constitution de l'OMS, où on lit que cette fonction consiste à : “aider à former, parmi les peuples, une opinion publique éclairée en ce qui concerne la santé”. Cette directive ne concerne pas le corps médical, les experts ou les autorités, mais bien “les peuples”. Cette information continue et juste manque encore.

     Le Délégué regrette aussi les tentatives de modifier les règles internationales de protection datant de 1972, dans le sens d'une élévation les doses limites, dites tolérables pour les risques à consentir. Il conteste qu'une dose de 100 mSv/a ne soit pas cancérigène.

     Il déplore l'absence de soins médicaux en particulier pour les enfants, et n'admet pas que la totalité des efforts sanitaires se portent sur l'examen de la glande thyroïde qui ne représente qu'une très petite fraction des problèmes de santé. La protection des femmes enceintes et des enfants le préoccupe : on doit leur éviter de subir la dose de 2 mSv/an.

     Il demande instamment de garantir des soins durables aux travailleurs engagés sur le site de la centrale atomique. Ils méritent un suivi qualifié dans les décennies à venir.

     Il rappelle aussi l'importance de la durée de l'irradiation et l'importance de la contamination interne chronique provoquée par des aliments contaminés. Il ne semble pas croire au dogme intangible de la non-nocivité des faibles doses de rayonnements ionisants.

base_documentaire/articles-2013/etb-133.txt · Dernière modification: 2014/05/22 11:44 par emache

URL-courte: http://tinyurl.com/cyvuj4u

Aidez BELRAD, Merci ! Plan du site Aide à la navigation Contactez-nous Informations Légales